Caméléon

Posté le 22 juin 2013

 

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Pour porter ma couleur il faut que je sois seule, sinon ma teinte change automatiquement en fonction des personnes présentes, de la fonction qu’on attend de moi, même sans me le préciser. C’est devenu quelque chose de mécanique, sur lequel je n’ai plus de prise. A mon grand dam puisque cela me bouffe mon énergie. En présence des autres je ne suis plus moi-même. Pourtant je ne suis pas eux non plus. Je le sens et je le vis comme si on me mettait un manteau bien lourd en plein mois de juillet sur les épaules. Une fois les autres sortis de mon champs, tout s’allège, je retrouve ma température, mes humeurs en propre et mon intégrité émotionnelle. Je « me » retrouve.

En général, les amis et les proches ont de la peine avec ça, car ils se sentent personnellement visé. Hors ça n’a rien à voir avec eux, avec leur caractère ou autre. Je suis certaine que eux aussi finiraient par la ressentir si ils étaient contraint pendant un très long temps à vivre une grande proximité. C’est juste une histoire de mesure. Chez moi faut peu pour que ça déborde. Très vite c’est trop, juste trop et ce trop arrive d’un coup, comme si j’avais zappé tous les signaux physiques et intellectuels qui me disaient « stop », retire-toi, prend congé, éloigne-toi. C’est d’un coup un burnout nerveux, des douleurs dans le corps, des raideurs dans la nuque , les yeux qui « tirent », une tension très forte dans les muscles… d’un coup je me sens épuisée, vidée, diluée, paralysée, au bord des larmes….

On dit généralement que les personne autistiques n’ont pas ou peu d’empathie. Je ne sais pas si c’est exact dans mon cas. Car je ressens les choses des autres dans mon corps. Pas dans ma tête. Leurs émotions, leurs malaises, leurs souffrances, c’est comme si le temps d’un contact, venaient se partager en moi. C’est très surprenant. Pour l’autre surtout . Pour moi c’est juste l’habitude. Mais souvent je me laisse prendre dans le truc, me demandant ce que moi j’ai. Pourquoi soudain cette humeur, pourquoi cette douleur, pourquoi cet état? Et je cogite, et je me culpabilise et je cherche à en sortir. Et même quand je réalise que cet état est vécu par quelqu’un d’autre, par la personne qui est en train de me parler….je n’arrive pas à dé scotcher ça de moi, à retrouver mon propre climat. Sa fatigue me fait bailler à pleurer, sa douleur je la ferai passer avec une pastille. Pas la sienne à lui, celle que je souffre en moi.

En fait, je crois que j’ai une super-empathie, une méga empathie…mais systématique, non consciente, non émotionnelle, non voulue non plus.

Ce qui est parfois le summum de la bizarrerie, c’est quand l’état que véhicule l’autre est refoulé. Il se le trimballe en s’asseyant dessus en gros, non conscient du mal ou de l’inconfort qu’il se fait subir. J’ai un ami qui très souvent n’écoute pas sa fatigue…il bosse non stop jusqu’à point d’heure et néglige tous les signaux de son corps. A la place il boit du café, s’astreint à une discipline de fer etc… quand il me téléphone, avant même de me raconter sa journée je me sens envahie de fatigue, c’est comme une vague qui me déferle à l’intérieur, me fait bailler à m’en décrocher les mâchoires, en bref: j’étais bien et d’un coup je suis exténuée comme si moi-même j’avais bossé 15 heures d’affilée! Au début j’étais gênée de bailler ainsi, pouvant laisser croire à mon interlocuteur que ses propos étaient ennuyants, mais finalement on a mis les choses au point pour parer au problème. Soit il est reposé et me téléphone, soit il ne me téléphone pas. Mais il m’en a fallut du courage pour aborder ce soucis.

Personne n’a pu me donner de réponse sur ce phénomène. Ca n’a visiblement rien de psychologique ou de volontairement compatissant. Au fil du temps, j’ai plutôt eu tendance à rester sur la défensive avec les gens, en essayant de garder mes distances. Dans une foule ce n’est pas pareil, même si ça peut devenir rapidement ingérable. Trop d’odeurs, de détails, de bruits, de présences…. je n’arrive pas à trier dans tout cela et je me sens submergée, alors je me met en retrait, le temps de me reconstituer un peu.

En fait, les gens ne sont pas tous conscients de ce qu’ils amènent avec eux. Ils pensent en général que ce qu’ils montrent va être pris comme tel, et seulement ça. Pour moi, l’apparence qu’il exhibent n’a pas grand chose à voir avec ce qu’ils véhiculent malgré eux. Si je crois ce que je vois alors je vais être mal, parce que je vais ressentir des tas de choses contradictoires qui n’ont rien à voir avec ce que j’ai en face de moi ou le discours prononcé. Et si je ne crois pas…alors je me demande pourquoi la personne fait « comme si ça n’existait pas » et à quelque part….me prend pour une nouille! Comment pouvez-vous dire à quelqu’un que « tout va bien » alors que vous avez un ulcère à l’estomac? Pourquoi faut-il que je demande à l’autre pourquoi elle ou il a tellement mal au ventre pour que soudain il ou elle lâche son apparence de « je vais super bien » ?

En règle générale, pourquoi les gens ont-ils un tel décalage entre ce qu’ils vivent et ressentent et ce qu’ils affichent?

C’est quelque chose qui me dépasse et m’a toujours dépassé! On me dis foncièrement naïve et c’est surement vrai, mais même si je peux comprendre intellectuellement que chacun a envie de se présenter sous un jour idéologique, je n’en comprend « viscéralement » pas l’intérêt(sic!) A quoi servent les rapports humains si c’est pour se mentir en permanence? Pour se bricoler une fausse réalité dans les yeux de quelqu’un d’autre ou va savoir quoi?

Personnellement j’ai fait ça parce que j’avais des cases en moins ou en trop, parce que sinon j’étais une extra-terrestre. Je l’ai fait pour cacher un fonctionnement dont les gens n’avaient aucune idée et qui, si je l’avais laissé à nu, m’aurait mis en butte au rejet et à la persécution. C’était une question de survie, pas une « envie ». Je ne le fais plus parce que je ne le peux quasi plus. Mais en général, les gens « normo-typiques » fonctionnent pareillement, ils savent de façon innée certaines choses…alors pourquoi et quoi cacher?

Bon, je m’arrête là sur le sujet car je sens la moutarde me monter au nez….

 

 

 

 

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