Dormir…ou pas!

Posté le 26 juin 2013

Dormir...ou pas! thca932ind

 

Dans le genre handicape invisible mais bien tuant au quotidien, je peux mettre le sommeil au premier rang.

Je ne me souviens pas d’avoir pu dormir facilement la nuit, mes parents non plus d’ailleurs.

Petite je m’endormais partout mais seulement en journée, et d’épuisement. Ma mère me repêchait sous une table, sur un coin de moquette, roulée en boule. Les médecins lui conseillèrent de me priver de sommeil absolument en journée, pas de sieste et beaucoup d’activités, mais de me coucher tôt pour qu’enfin je m’endorme.

Et rien…

…j’ai seulement appris à rester de très très longues heures éveillée en silence dans mon lit. Plus tard, j’attendais que mes parents se couchent pour me relever et faire des tas de choses. Les nuits blanches n’étaient pas synonyme de malédiction et d’ennui, tout le contraire. J »étais bien, j’écoutais les disques classiques de mon père dans un casque, j’écrivais, je lisais des encyclopédies et des livres de SF et je dessinais. Et j’allais dormir, apaisée et tranquille juste avant que mon père ne se lève pour se rendre à son travail, vers cinq heures du matin. Le moins qu’on puisse dire c’est que je n’avais pas besoin de beaucoup de sommeil. A l’adolescence, je sortais me promener dans les bois ou dans les cimetières. J’étais façinée par les petites photographies sur les pierres tombales. Je fleurissais les tombes oubliées, prenant un peu aux unes pour parer les autres. J’avais mes préférées et certaines aussi qui me faisaient un peu peur…les tombes des enfants, des tous petits avec des anges. Les cimetières et les bois ne me faisaient pas peur comme aux autres gens. Car je savais que c’étaient des endroits ou personne ne s’aventurait la nuit. Le silence et la solitude c’était rassurant. Et les morts ne jugent pas.

J’ai toujours eu une bonne vue de nuit, nyctalope a dit l’opticien. Il faisait toujours aussi clair qu’une nuit de pleine lune. Et je rentrais avant l’aube, la tête remplie de poésie et de calme. Et je pouvais m’endormir quelques heures avant d’aller en classe. Je pense que mon père et ma mère n’ignoraient pas ces promenades nocturnes mais ne voulaient pas en parler. Ils me trouvaient étrange, alors une bizarrerie de plus ou de moins ! arf!

Pendant mes études, je ne dormais guère plus, mais chaque midi, j’allais m’enfermer dans le labo photo pendant une heure. Tout était minuté et je plongeais dans une profonde sieste en moins de cinq minutes. J’ai continué cet horaire et cette habitude lors de mes différents jobs. J’avalais un sandwich le temps de me rendre au labo, ou mon sac de couchage était entreposé dans une armoire, je fermais à clé et je m’endormais, réglant un petit réveil de poche pour l’heure suivante. La nuit me permettait de récupérer du stress de la journée en m’abandonnant sans remord à mes centres d’intérêt.

Quand je me suis mise en couple, heureusement que mon mari n’était pas regardant sur l’idée d’aller dormir ensemble en même temps. Souvent même je finissais par m’endormir dans une autre pièce. En voyage, je sortais de la chambre d’hôtel pour me mettre sous le premier lampadaire et lire, ou encore peindre la nuit…de nuit !

Ce fragile équilibre s’est complètement cassé la figure quand ma fille est née. Elle se réveillait toutes les heures et souffrait de terreurs nocturnes. En journée, je n’arrivais pas à suivre les horaires de ses siestes pour dormir moi aussi et finalement, au bout d’un an j’ai échoué dans le cabinet d’un médecin, en burnout total…une vraie loque. C’est à ce moment là que j’ai commencé les somnifères et les inducteurs de sommeil. Je n’en suis toujours pas sortie.

A partir de ce jour, les nuits sont devenues un calvaire, un monstre à abattre. Jusque là, j’étais simplement une noctambule, un oiseau de nuit plutôt sympathique qui ne dérangeait personne. Ensuite, je me suis sentie comme une chouette à qui on aurait demandé de faire la poule…une poule manquée à qui en plus on aurait coupé les plumes pour qu’elle reste bien au sol. Je me suis mise à vivre au rythme des autres. Sauf qu’un sommeil artificiel n’est pas un sommeil très réparateur et que toute la journée je me traînais en aspirant à retourner dormir…et rebelote les lendemains.

Le jour je suis la moitié de moi-même, une moitié que je dois partager entre beaucoup…reste pas grand chose. Je me suis mise à courir derrière le temps, à gratter un peu ici un peu là de quoi me réparer, par mes passions. Mais tacitement un pacte s’était établi entre « les gens du jour » et moi: Ils étaient majoritaire et je me devais de me plier à leurs rythmes! C’étais moi la pas-normale, c’étais moi la décalée. Pour mon mari, mes enfants, le facteur qui sonne toujours trois fois, les voisins qui font du bruit et le téléphone qui se permet d’insister….il fallait que j’obtempère, que je mette dans ma poche ma nature, mes rythmes et mes besoins.

Déjà que je faisais des efforts démesurés pour parler et sourire comme tout le monde, fallait en plus que je dorme avec les poules et que je me réveille au chant du coq, et tant pis si c’était à coup de médicaments.

Maintenant, le petit dernier à 11 ans et si je me lève tous les matins aux aurores pour les préparer à l’école, je me réserve le droit d’aller me recoucher jusqu’à midi parce qu’ils savent très bien revenir seuls des cours. Et d’aller dormir la nuit à trois heures du mat. Ainsi je peux reprendre un peu de ce calme et de cette solitude dont j’ai tant besoin. Je me donne le droit de ne pas répondre au facteur, de débrancher le téléphone et de fermer mes volets à huit heures du mat. Et tant pis si ça jase…les poules caquètent et la chouette passe outre …et s’endort…

Il y a ceux du jour et il y a ceux de la nuit. J’ai opté pour un peu des deux.

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