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Quand elle est née…

( Famille )

Quand elle est née... dans Famille momo4

 

 

Ma fille, ma rose noire…

Après de longs mois restée couchée, ce fut un vrai soulagement que d’entendre le médecin me dire: c’est ok, maintenant votre bébé peut naitre sans danger. Et pendant une semaine je ne me suis pas privée de ballades en forêt et en montagne. J’avais pris tellement de kilos durant ces neuf mois, à cause du diabète gestationnel et de l’inaction que je me sentais toute rouillée.

Tout s’est très bien passé et quelques heures après un accouchement naturel et sans péridurale, je tenais mon bout de chou dans les bras. Adorable, son père et moi étions aux anges…. Qui aurait cru quelques mois auparavant que nous vivrions cela?

Déclarée stérile à 20 ans, j’avais fais le deuil de la maternité. T. et moi voyagions beaucoup, j’avais des projets de travail et notre récente installation en commun nous satisfaisait pleinement. Mais la vie en a décidé autrement et quand nous sommes rentrés des Indes, avec un chien Dingo dans nos bagages, nous ne savions pas qu’une petite passagère clandestine grandissait dans mon ventre aussi ^^

Quelques jours après le retour de maternité, notre fille pleurait et criait sans cesse. Elle régurgitait ses biberons (je ne pouvais allaiter), souffrait de coliques du nourrisson et le pédiatre lui a diagnostiqué une double otite. Antibiotiques, levures épaississantes, tant bien que mal les premiers mois sont passés.

Mais je remarquais bien que certaines choses étaient bizarres. Elle ne me regardait pas, ni moi ni personne, enfin pas plus que n’importe quel objet. Quand nous la tenions dans nos bras, elle se raidissait en se tendant en arrière, les poings serrés et le visage crispé. Et elle hurlait…. toute la nuit, toute la journée. Seuls les balancements la calmaient. Et souvent il fallait faire la nuit dans la voiture car de rouler l’apaisait et l’aidait à dormir.

Ce fut éprouvant…. le pédiatre un jour, alors qu’il l’observait me dit: mais elle est autiste votre fille !

Et rien…aucun suivi, aucune adresse, aucun conseil…au revoir Madame, au revoir Monsieur, n’oubliez pas ses prochains vaccins !

Je ne savais pas quoi faire avec ça. A l’époque je n’avais pas internet et personne autour de moi ne connaissait ce problème. Même mon mari semblait avoir zappé la chose, comme si le pédiatre avait fait une blague, un lapsus ou va savoir quoi! Nos familles et amis ne disaient rien, donnaient des conseils de psycho…faut la faire dormir sur le ventre, faut la mettre dans l’obscurité, faut pas la porter tout le temps, faut la porter contre la peau, faut qu’elle ait sa chambre, ce sont des caprices, faut qu’elle apprenne !

J’étais jeune, mon mari aussi. J’ai cherché ici et là et j’ai fais avec jour après jour.

M. était comme un bébé sans peau….un bébé qui ne supportait pas non plus qu’on chantonne ou qu’on jour du piano. Un bébé qui criait au moindre petit bruit. Mais aussi un bébé précoce qui savait ce qu’elle voulait et ne voulait pas. Elle a marché de rage, juste parce qu’un autre enfant lui avait pris son jouet. Elle avait dix mois. Et bien avant d’avoir des dents elle parlait avec des phrases entières, recopiant ce qu’elle avait entendu chez son grand-père, avec l’intonation :-)

Très vite les rituels se mettaient en place….je devais, sous peine de la voir entrer dans de grosses crises, lacer ses chaussures en commençeant par la gauche. Tout devait être fait dans un certain ordre. Les vêtements et les sous-vêtements s’envolaient aussi vite mis car elle ne supportait rien sur elle. Ses cheveux restaient en bataille car elle ne supportait non plus la brosse et le peigne. Il a fallut des années pour la faire manger à table avec nous, sans qu’elle pique une crise parce que les aliments se touchaient entre eux.

Tout était cris et pleurs, tout le temps. Et je ne pouvais pas la toucher, la serrer fort contre moi, la regarder dans les yeux….. ça me manquait tellement !

Et puis un jour, elle devait avoir deux ans…. je n’en pouvais plus, je voulais « ma fille », mon bébé. Je voulais un lien, quelque chose entre nous deux, lui montrer combien je l’aimais…alors quand elle s’est mise à crier, à se taper une fois de plus la tête contre le mur, je l’ai serée très fort contre moi, dans mes bras solidement fermés autour d’elle. Et je lui ai dis: vas-y, tape, frappe si tu veux, hurle, mais je ne te lâcherai pas….

Et elle a fait tout cela, ça faisait mal mais je restais impassible, à me balancer doucement par terre avec elle comme un petit chat qui crachait et me griffait. Et puis soudain, son corps s’est relâché, relaxé, elle se lovait contre moi et me regardait dans les yeux! Pour la première fois nous nous regardions « dedans » les yeux! C’était à couper le souffle.

Elle était comme un tout petit bébé à la naissance, qui me scrutait comme si elle me découvrait pour la première fois et moi je pouvais enfin vivre ce lien, ce trait d’union que je n’avais eu depuis sa naissance. Ca a duré longtemps….longtemps….aucune des deux n’osait rompre cet instant….rien que d’en parler, 23 ans plus tard….ma gorge se serre.

Ma fille, je l’aime comme elle est et ça n’est jamais facile, encore moins pour elle. Si différente, si incroyable aussi, je l’admire c’est une battante, une guerrière de la vie qui sans cesse l’écorche vive…

C’est une Aspie qu’on a étiqueté de tous les noms, de tous les maux avec n’importe quels mots. Maintenant c’est devenu une rebelle et surtout une très belle personne.